ALBA OU LA VIE POUR UNE IDEE

Année Réalisation : 2001

Durée : 52 minutes

Synopsis

Alba a 90 ans, elle vit à Vienne dans l’Isère. C’est une femme de conviction. Qu’il neige ou qu’il vente, tous les matins elle va acheter l’Huma...Enfant, elle a émigré du Piémont avec ses parents fuyant la pauvreté et la montée du fascisme. L’administration française ayant toujours refusé sa naturalisation, elle retourne en 2001, comme à chaque élection, dans son village natal pour y voter. Alba raconte comment sa vie privée et sa vie politique se sont imbriquées. Elle a toujours milité : durant la guerre d’Espagne, dans la Résistance et dans le mouvement ouvrier. Son récit de vie est entrecoupé de rencontres qui ouvrent des perspectives sur les formes de l'engagement politique présent et des générations suivantes. Ses réflexions d’une grande modernité font écho à nos préoccupations sociales et politiques actuelles.

Intention avant réalisation
Alba Aprile, au nom plein de promesses, croit toujours aux lendemains qui chantent. Elle est communiste. Elle vit à Vienne en Isère ou plus exactement à Sainte-Colombe, une banlieue. Il faut passer le Rhône. Elle le passe souvent. Il semble même que le secret de sa santé soit là, dans la marche à pied.
J'ai connu Alba il y a trois ans, au cours d'un film précédent; je cherchais une militante de base qui n'avait jamais douté de son engagement; elle parlait volontiers d’hier et d’aujourd’hui, de ses souvenirs et de ses convictions, je l’ai écouté et c’est ainsi que j’ai eu envie de raconter l’histoire de “Alba ou la vie pour une idée”.
Alba se raconte et raconte le XXème siècle, celui des ouvriers et parmi eux des émigrés, des exilés qui ont confié leur destin et voué leur vie à une idée : le communisme.
Femme combative dans la vie privée et la politique, Alba est restée attentive à l’évolution économique et sociale, aux changements de mentalités ; son expérience et sa modernité donnent de la profondeur à son témoignage.
Je rends visite à Alba. Nous feuilletons les albums photos où se côtoient les images des luttes et des fêtes familiales. Le magnétophone tourne.
Ballottée par l’histoire, Alba a toujours tenu le cap de sa vie privée et de son activité politique.
Les événements de sa vie personnelle croisent ceux du siècle : la Première Guerre mondiale et la montée du fascisme en Italie, puis l’émigration italienne en France, les luttes du mouvement ouvrier, les grandes grèves de 32, le Front Populaire, la guerre d’Espagne, la Seconde Guerre et la Résistance.

Fille et petite-fille de socialistes italiens, elle se dit : “marxiste par atavisme”.
Première jeune fille communiste à Vienne, elle a travaillé dès l’âge de 14 ans, ouvrière dans le textile, aussi déterminée et militante que sa mère l’avait été en Italie.
Elle a participé à la Résistance avec son frère maquisard et a été refoulée de France deux fois.
Son premier mari italien, socialiste, meurt très jeune. Après la guerre elle épouse César, réfugié républicain espagnol. Plus tard, il a une attaque et Alba doit de débrouiller, elle monte et tient seule son commerce de chaussure .
Dans les années 60 elle recueille “la Petite”, c’est à dire la nièce de son mari, qu’elle a secourue, ramenée d’Espagne et élevée. Elle dit : “C’est elle qui m’a adoptée”.

Enfin Alba se réclame citoyenne à part entière, et puisque l’on ne veut pas de sa voix en France, elle part voter en Italie, où elle ne vit plus depuis bientôt 80 ans. Et pas une fois ou deux, pour voir le pays, mais à chaque élection depuis la fin de la guerre.
Une chose est claire : Alba sait qui elle est, sait pourquoi elle a lutté et contre quoi. Elle sait qu’elle a eu raison… contre Mussolini contre Franco, contre Hitler… “Et contre Staline ? — Non !” Elle a eu raison avec les communistes.

Donc Alba marche... et moi avec elle. Elle arpente les rues, m’emmène dans ses logements successifs du centre ville au quartier des usines, du Rhône aux hauteurs de Vienne parce que là-haut, il y a une murale qu’elle aime bien et veut me montrer.
Nous allons dans un restaurant populaire pas très loin de la permanence du P.C. Alba s’est habillée pour cette sortie.
Ses yeux noirs brillent, son débit est rapide:
Elle raconte les classes sociales, la sienne, celle des travailleurs, sa méfiance vis-à-vis des “intellectuels qui n’ avaient pas les pieds sur terre” et une certaine distance aussi envers les socialistes “c’était presque tous des fils d’instituteurs!” mais aussi son attachement profond aux luttes unitaires, à l’engagement positif ; elle avoue son amitié pour les anarcho-syndicalistes, “encore maintenant”.

D’autres fois encore : Alba marche…et parle : de ses souvenirs, d’un article qu’elle a lu dans l’Huma hier, de Umberto Eco qui décrit son village natal dans Le Nom de la Rose, du musée du Prado qu’elle a beaucoup visité, de son amour pour Vélasquez et Goya, surtout pour la façon dont il a peint la Cour.
Elle dit qu’elle croit à l’idéal communiste, Qu’il faut se battre pour conserver les acquis sociaux, elle dit son dégoût du racisme et de la xénophobie, elle critique le libéralisme économique.
Et sur le reste… – et quel reste ! le stalinisme, les doutes, la “repentance”, le déclin du PCF en France et des autres partis communistes un peu partout – … pour le moment elle se tait ou reste circonspecte. “Sur l’URSS, moi je ne me considère pas comme responsable. Ah pas du tout, je leur ai écrit : moi je ne fais pas repentance, s’ils ont fait des bavures, nous on ne les a pas sues, hein ?”
Moi aussi je me tais, mais j’y reviendrai.
Elle parle de faire “une polenta la prochaine fois”, de l’Internationale, l’hymne qu’elle préfère chanter en italien car les mots sont plus doux, des rues piétonnes vides aujourd’hui, là où elle a connu tant de commerces, des romans populaires qu’elle aime, de ses amis, de ses camarades vieux maintenant, qui meurent, “qui tombent comme des mouches”, des enfants de ses neveux qui ont des déboires sentimentaux, qui finissent leurs études et cherchent du travail.

Nous marchons vers la mairie où elle s’est mariée, nous allons voir les usines, les anciennes des grèves de 32 et celles qui ont été rénovées.

Puis nous repassons le fleuve...
Nous nous installons dans la salle à manger-salon avec les albums de photo. On peut commencer à imaginer le film. Alba s’est laissée convaincre. Au début elle disait :” Pourquoi moi ? pour quoi faire ?” Maintenant elle dit aux gens avec un peu de coquetterie : “Elle s’intéresse à ma vie, elle veut en faire un film”. Et puis elle connaît sans le dire, je crois, le dicton de la vieille femme et de la bibliothèque qui meurt avec elle, si elle ne se raconte pas.

Générique

écriture et réalisation : Hélène LIOULT

avec Alba LLORENTE APRILE
-Image : Thierry MICHEL
-Son : Frédéric SALLES
-Régie : Thierry LLEDO , Céline BURY
-Montage : Isabelle BOIVIN
-Musique originale : Yves HEAULME et Alain BOEUF

-Post-production : FRANCE 3 PRODUCTION LYON et RENNES : André JULLIAT ,Patricia JAMIN
-Production Italie : ZENIT , Massimo ARVAT
-Production déléguée : VIE DES HAUTS PRODUCTION, Dominique GARING
-Coproduction : AIRELLES VIDEO, Marielle GROS
-Avec le soutien de LA PROCIREP, du CONSEIL REGIONAL de RHONE ALPES
et la participation du CENTRE NATIONAL de la CINEMATOGRAPHIE

Une coproduction Vie des Hauts - France 3